JUSTINE, MON BEL OISEAU ARCTIQUE!
(Ce récit-réalité est dédié, avec mon affectueuse amitié, à Nathalie, ma grande soeur. Manon Moreno)
PROLOGUE
Le message de Justine Olafson, me parvint à la fin d'août, à un moment où ma vie personnelle était secouée par un fort séisme. J'ai attendu la première semaine de septembre pour en prendre connaissance et pour examiner les fichiers joints au message.
En eux-mêmes, ils étaient explicites: pédophilie caractérisée et tortures sadiques exercées à l'encontre de jeunes femmes; scènes épouvantables que je n'ose même pas évoquer. Si, en outre, ces fichiers provenaient bien de l'ordinateur de Tom, qu'il fut ou non l'auteur des photos que contenaient ces documents, je ne pouvais évidemment pas lui conserver mon amitié, ni même ma sympathie.
Il fallait absolument que je rencontre Justine et Pénélope.
Sans même les avertir (espérant les prendre par surprise), je suis partie avec mes deux filles pour Bonnieux, dans le Lubéron.
Justine, vint m'ouvrir la porte: “voilà, je suis Manon, je viens vous voir, suite à votre mail relatif aux agissements de Tom Barton.”
“Bonjour, soyez la bienvenue, mais je suis seule, Pénélope a repris son travail en Avignon, elle sera là ce soir, car c'est vendredi. Vous pourrez la voir si vous restez jusqu'à demain. Mais entrez donc.”
Comme il faisait beau et chaud, Emma est allée se baigner, tandis que Pauline, a bien voulu dormir dans sa nacelle.
J'ai fait comprendre à Justine, que je souhaitais m'assurer que les fichiers sortaient bien de l'ordinateur de Tom.
Justine ne s'est pas vexée:
“oui, bien sûr, je comprends ça. Je les ai laissés dans son ordinateur, en changeant le password. S'il ne l'a pas cassé, ils y sont toujours. Le problème, c'est que maintenant, il se déconnecte, en général, quand il ne s'en sert pas. Mais, on peut essayer.”
Justine va à son ordinateur, un gros PC DELL impressionnant, tapote je ne sais quoi, et me dit:” son ordi est connecté, et il n'est pas dessus”. Elle fait apparaître la mention,”ordinateur de Tom Barton” et va dans je ne sais quelle dossier, tapote un mot de passe et constate:”tout est encore là, voyez plutôt vous même, mais ne restez pas trop, car il peut revenir d'un instant à l'autre.”
Très vite, je m'assurais qu'il s'agissait bien des documents que j'avais reçus.
Justine referma le dossier, mais avant de quitter l'ordinateur de Tom, voulut me montrer un extrait d'une sorte de journal intime dans lequel il parlait de moi en ces termes: “Cette nana-là, elle m'a à la bonne, maintenant qu'elle est toute seule, il faut que je me la fasse.” Suivait tout un protocole d'approche que je préfère ne pas évoquer.
Il ne me restait plus qu'à remercier Justine, et à reprendre la route.
Mais elle ne l'entendit pas ainsi, nous garda à déjeuner, et voulu me raconter par le menu leurs démêlés avec Barton et sa copine.
Nous nous sommes vite entendu toutes les deux, et même toutes les quatre; elle m'offrit de passer la nuit chez elles, pour faire la connaissance de Pénélope.
L'après-midi, nous nous sommes baignées, et je dois reconnaître que j'ai été conquise et même envoûtée par le beau corps nu de cette fille du nord.
J'ai l'impression que la sympathie fut réciproque, et partagée aussi par Pénélope, puisque nous avons passé la nuit ensemble, toutes les trois.
—1—
Nous avons passé l’après-midi nues au bord ou dans la piscine. Lorsque Pénélope est arrivée, vers cinq heures, elle a fait de même tellement la fin de journée de ce début septembre fut merveilleusement douce. À son réveil, j’y ai également plongé Pauline, puisque l’eau, purifiée de façon naturelle, par des végétaux, n’est pas chlorée.(Peut-être trouvez-vous inconvenant qu’une mère de famille se baigne nue avec ses filles et des amies—qui ne sont pas encore des amies, d’ailleurs ! Sachez, simplement, que je pratique le naturisme depuis longtemps et qu’Emma, ma fille aînée, y est habituée depuis l'âge de trois ans et se trouve parfaitement à l’aise nue au milieud’enfants et d’adultes de tous âges, également nus.)
Justine, une grande blonde de type nordique avec une chevelure blond très clair, presque blanc, coupée très court. Des petits seins tout ronds, « pommés ». Un gentil petit cul musclé, le ventre plat, le pubis et le sexe épilé, de longues jambes de gazelle et une carnation rendue mate grâce à une exposition au soleil de longue date et sûrement ménagée, au sortir de la mauvaise saison. Elle vit à Bonnieux depuis trois ans avec Pénélope, s’octroyant deux fois deux semaines de vacances à Tromso, très au nord en Norvège, son pays, au moment des deux solstices. Elle a besoin, m’a-t-elle dit, de renouer chaque année avec la nuit et avec le jour polaires.
Soleil de minuit en juin au Cap Nord
Son père, ingénieur, est en charge d’une station (sur un îlot de la région) qui reçoit le gaz prélevé dans le sous-sol de la mer arctique et le redistribue vers le sud, notamment vers la France. Il vient, aussi souvent que possible, passer quelques jours à Bonnieux avec sa fille et avec Pénélope, avec qui il entretient des rapports très sensuels, ce qui ne l’empêche pas d’avoir aussi au moins une compagne en Norvège. La mère de Justine est morte très jeune, peu après la naissance de sa fille.
« Pénélope n’est donc pas aussi exclusivement lesbienne qu’elle l’a laissé entendre à Barton » ai-je fait observer.
—Depuis que nous sommes ensemble, c’est la seule exception que je lui connaisse. Tu sais, mon père est un homme exceptionnel, tu le verras demain, d’ailleurs, car il vient pour une semaine, je pense. Si ce n’était pas mon père, je coucherais aussi sûrement avec lui, car j’en suis vraiment amoureuse, depuis toujours. Je crois que Pénélope me remplace, tout en y trouvant elle-même, bien sûr, du plaisir. En fait, j’ai toujours été incapable de coucher avec un homme jusqu’à maintenant. Ce serait, d’après un ami psychiatre, à qui je me suis confiée une fois, à cause de la grande amour que j’éprouve pour mon père. »
Cette confidence de Justine m’a plongée dans un abîme de réflexion. J’avais entendu parler déjà de cas de ce genre, par la littérature en fait, d’amours incestueuses, et consommées, entre père et fille ou mère et fils, mais c’est bien la première fois que je touchais de si près, une réalité de ce genre. Je demandai à Justine si elle en était malheureuse.
« Non, je n’en ai pas l’impression. Nous sommes très proches l’un de l’autre. Lorsque nous sommes ensemble, c’est le grand bonheur pour nous deux ; et depuis toujours nous nous téléphonons presque chaque jour, et maintenant avec skype, c’est encore mieux, puisque nous nous voyons. Non, je ne suis pas malheureuse, et d’ailleurs, Pénélope et moi, nous formons un vrai couple d’amoureuses. Sans nous interdire d’autres partenaires. »
Je me suis demandé si cette dernière remarque m’était destinée. Entre nous, je dois vous avouer que non seulement cela ne m’a pas choquée, mais que, en outre, je l’espérais, car je sentais un fort courant d’empathie envers elle. Lorsque Pénélope est apparue, ce fut autre chose ! Elle aussi était appétissante, mais dans un tout autre registre. Brune voluptueuse, très belle aussi ; un peu plus petite que Justine, elle arbore une poitrine somptueuse avec hanches, fesses et cuisses assorties, mais sans excès. Un corps en harmonie avec un contact débordant de fantaisie et de tendresse. Nue, elle resplendissait et l’on n’avait qu’une envie, l’aborder, l’embrasser, la câliner, lui donner du bonheur.
En regard, Justine paraissait plus froide, plus distante, plus réservée. Pourtant, sans écarter Pénélope, c’est de Justine que j’avais envie de m’approcher…
—2—
Le souvenir de cette soirée ne se perdra pas dans les replis de ma mémoire, car, en un sens, ce fut le début pour moi, d'une ère nouvelle, mais ce ne fut que plusieurs semaines plus tard que je m'en rendis vraiment compte.
Pendant que Pénélope et Justine préparaient le repas, je fis manger Pauline, puis la préparai pour la nuit. Le repas fut simple mais goûteux : un rizotto aux petits légumes et saint-jacques, roquette et mâche, fromages et fruits, accompagnés d’un savoureux côtes-du- lubéron blanc 2005 de chez Perrin.
Coucher des deux filles dans la grande chambre mansardée qui m’avait été attribuée : Pauline, qui dormait déjà, dans sa nacelle ; Emma, comme une grande, à sa grande satisfaction, dans mon lit, que je n’occuperais que bien plus tard.
Bavardage entre femmes dans la grande pièce à tout faire du second niveau, largement ouverte sur la piscine et sur la nuit tiède. Bref échange, à l’usage de Pénélope, au sujet de Barton, point final. Par les messages captés sur l’ordi de Barton, elles savaient déjà beaucoup de moi, ce que je faisais, et, quant à ma situation personnelle, que j’étais seule avec mes filles, le père de Pauline étant parti aux States.
J’appris que Pénélope était, à la fois, gestionnaire et premier violon de l’orchestre du théâtre lyrique d’Avignon, ce qui lui donnait des horaires assez variables en saison de concert, ou lorsque la formation était en déplacement. Il y avait depuis peu un directeur et chef, jeune, américain et dynamique, mais la situation financière du théâtre et donc de l’orchestre, était en très mauvaise passe, et il était de plus en plus question d’un dépôt de bilan…Ce qui était loin d’enchanter Pénélope.
Justine, plutôt « cool », lui dit de ne pas s’en faire puisqu’elles n’avaient pas de loyer à payer et qu’elle gagnait bien leur vie. Elle avait monté son entreprise d’informatique : création de progiciels et contrats de formation et de suivi pour des entreprises industrielles ou de services, avec une clientèle essentiellement européenne dont elle était l’unique employée travaillant à domicile. Elle se déplaçait parfois, mais, le plus souvent, sous-traitait la partie formation à une équipe de service informatique localisée en Allemagne.
Vers onze heures, Pénélope, dont le langage était vif et dru, dit à Justine qu’elle irait bien « baiser », et les deux filles me proposèrent de me joindre à elles. Leur chambre était adjacente au salon, et s’ouvrait aussi par une large baie sur l’espace « piscine et jardin » ; elle avait un vaste lit, où, effectivement, les ébats de trois personnes pouvaient se développer à l’aise…
Un voilage léger fut tiré devant la fenêtre au cas où, dit Pénélope, « ce salopard de Barton soit posté quelque part avec son téléobjectif ! »
Nous étions si peu couvertes qu’il fallut peu de temps pour nous dénuder. Je n’ose pas trop décrire nos caresses, d’abord un peu timides, sans doute à cause de ma présence. Baiser à trois filles dont l’une est étrangère aux ébats des deux autres, prend rarement un tour très gracieux. Mais, je dois vous dire que je ne me suis pas ennuyée un seul instant, et que mes hôtesses firent vraiment tout le nécessaire pour me procurer toute la jouissance que je pouvais espérer.
Pénélope paie de sa personne avec une fantaisie et une énergie étourdissantes, tandis que Justine, plus réservée, fait davantage dans la nuance, mais entraîne sa partenaire au but tout aussi efficacement. J’ai admiré avec quelle grâce et quel amour les deux amantes savaient exactement comment se conduire entre elles pour atteindre le septième ciel…
OOO
Le lendemain, samedi, le père de Justine, Erik Olafson, arriva à l’heure du déjeuner. Ce quinquagénaire est vraiment un bel homme et un monsieur charmant. Je comprends qu’il puisse, en effet, déchaîner les passions. Il est grand, sa chevelure, sans doute blonde au départ, est maintenant entièrement blanchie. Dévêtu pour la baignade, son corps musclé, sans traces de graisse, est manifestement très bien entretenu.
OOO
Le soir, après le souper, il se retira avec Pénélope dans sa chambre, située à côté de la mienne, et je restai seule avec Justine. Je fus vraiment soulagée, heureuse, de me retrouver avec elle, en tête à tête, et je suis certaine qu’elle aussi préféra la nuit que nous avons passée à deux à la précédente. Ce fut un vrai feu de joie !
Nos sensualités certes différentes, mais complémentaires, s’exprimèrent avec un raffinement nuancé et pudique que je n’avais pas connu depuis bien longtemps. Nous nous sommes promis de nous revoir bientôt.
—3—
Moins deux semaines plus tard, un mardi, elle se présenta à ma porte, vers 19 heures.
J’étais à la cuisine.
C’est Emma qui alla ouvrir :« Maman, Maman, c’est Justine ! »
Tout heureuse de la surprise, j’allai l’accueillir et l’embrasser.
« Quelle bonne surprise tu nous fais là ! Comme c’est gentil ! Tu restes cette nuit, bien sûr?
—Cette nuit et jusqu’à vendredi soir ou samedi matin, si c’est possible.
—Chic alors ! Bien sûr que c’est possible.»
Emma sauta de joie, en faisant des Wouah et des Super bruyants. Ayant mon repas à revoir, je lui demandai d’installer Justine dans la chambre d’amis et de lui faire les honneurs de la maison.
Emma fait :« Mais Justine dormira avec toi, non ? » Ce qui fit sourire Justine qui me jeta un regard amusé.
« Emma, nous verrons cela entre nous, tu veux bien ? De toute façon, Justine a besoin d’une chambre où être chez elle ; et puis, elle peut avoir du travail à faire si elle reste plusieurs jours. Installe-la dans la chambre du haut, à côté de mon bureau. »
Tout en retournant à mes fourneaux, je pensai qu’on ne pouvait pas dissimuler grand chose à ma fille, et j’étais contente qu’elle trouve normales mes relations avec mes amies.
Plus tard, Justine m’a expliqué qu’Emma avait tenu à tout lui montrer, et à tout lui expliquer : les photos de Claire dans mon bureau, sa maladie, sa triste fin (alors que je n’avais pas encore parlé de Claire avec Justine !), le départ d’Hervé, son vrai père et sa famille, etc…
« J’aime bien cette façon d’être naturelle pour une enfant encore jeune, mais qui a déjà connu des moments douloureux ; je ne m’y connais pas en éducation, mais je trouve que c’est une réussite. En outre, ta fille est vraiment intelligente, et délicate ; tu dois te régaler avec elle. Elle m’a aussi conduite près de Pauline qui, je crois, m’a reconnue. C’est un vrai bonheur de voir comme les deux sœurs se font fête. Au moins, avec tes filles, tu as de la chance.
—Que tu sois venue, c’est aussi une chance, non ?
—Il m’a semblé que ce serait bien de ne pas trop attendre avant de nous revoir, j’en avais envie. Très! »
Nous avons échangé des sourires complices.
J’ai appelé Emma : « la table ! ».
« À la cuisine ? » demanda-t-elle.
« Oui, je pense. Pas de chichis, Justine ? J’ai préparé un repas à la fortune du pot : salade de champignons à l’huile de noisette, escalopes de saumon surgelé, à l’oseille et épinards, fromages, riz au lait et aux pruneaux que j’avais préparé pour faire plaisir à Emma, et comme vin, j’ai, au frais, une bouteille d’un petit cassis 2006 de Fontbrune. Ça te va ? —Oh oui, tu parles, bien sûr, en voilà un festin ! »
Après le repas, animé, comme toujours avec Emma, nous sommes montées dans mon bureau.
« Tu aimes Schubert, je suppose » demandai-je en lui montrant l’album Arpeggione par Anne Gastinel et Claire Désert.
« Oh oui, beaucoup! Mais je ne connais pas ce CD, qui, d’après ce que j’ai lu, est remarquable. Oui, mets-le nous. Merci.»
Assise, sur le canapé à ses côtés, nous écoutons, sans parler, la musique sublime et intimiste de Schubert. Je m’étends, la tête dans son giron, sans qu’elle proteste. Au contraire, Justine se penche et dépose doucement un petit baiser tout simple sur mes lèvres, puis me prend la tête, la caresse. Je suis bien.
Après la fin du disque, je lui parle de Claire, regrettant de ne pas l’avoir fait avant Emma. Je ne lui dis pas tout, juste l’essentiel en lui disant,
« tu pourras lire notre histoire, demain. Elle est sur Internet, sur mon site de unblog, VOYAGE INTÉRIEUR, et j’en ai aussi un exemplaire.
—Mais tu n’as pas à t’excuser, ta vie t’appartient. Est-ce que je lui ressemble, à cette amie qui fut toute ta vie jusqu’à sa mort, et même encore maintenant, je crois.
—Non, comme tu as pu le voir sur les photos. Intérieurement, je ne sais pas, pas encore, nous nous connaissons à peine. Est-ce important, pour toi ?
—Peut-être, je n’aimerais pas être un double, une doublure, de Claire. Car, tu l’as compris, si je suis venue, c’est pour toi, c’est pour nous, non ? »
J’aime cette façon délicate qu’elle a de se « déclarer », de dire le besoin qu’elle a de moi, et de me faire savoir qu’elle comprend aussi l’attraction qu’elle exerce sur moi.
« Justine, je crois que depuis que nous nous sommes rencontrées, je n’ai pas cessé de penser à toi, de me sentir si proche de toi. Et de me demander, aussi : qui es-tu, toi Justine, par rapport à Claire, que suis-je pour toi par rapport à Pénélope.
—Je ne savais rien de Claire, donc je ne pouvais pas me poser la question : je me demandais seulement, avec une pointe d’inquiétude, qui a-t-elle dans sa vie. Pour ce qui est de Pénélope, c’est simple : une grande affection, oui !, mais l’amour, entre nous, n’est plus que sensuel, sexuel. Et puis, elle a mon père ; entre eux, c’est le grand amour. Il cherche à s’établir en France ; il a une piste sérieuse, il me l’a dit. Non, Péné n’est pas un problème : nous avons parlé de toi, car elle a compris tout de suite. »
Tout était dit entre nous, ou presque : en effet, nous n’avions pas parlé d’Hervé.
Je lui ai expliqué la situation. Elle m’a dit que ma relation avec lui, ou avec n’importe quel homme ne la préoccupait pas. Et que, bien entendu, nous étions, l’une et l’autre, libres.
Au lit, comme nous nous sommes bien entendues ! Quelle tendresse d’abord contenue, puis de plus en plus vive, il y avait en nous, à partager entre nous. Lentement, mais de manière intense et inexorable, le désir s’est emparé de nous, montant, grimpant, escaladant les pentes les plus abruptes vers le plaisir.
OOO
Après trois jours et quatre nuits de bonheur, lorsqu’elle est repartie à Bonnieux le samedi, tout était clair entre nous ; il n’y avait pas place au doute.
—4—
Lectrice amie, Nathalie, toi qui ne manques pas de me lire et de relancer mon courage par un insolent « et la suite alors ? », te souviens-tu de m’avoir demandé si Justine existe vraiment ? Je t’ai répondu : « Mais oui ! Pénélope et Tom Barton aussi, d’ailleurs ».
Justine—continuons de l’appeler ainsi, après tout, son prénom norvégien, je sais à peine l’écrire et pas du tout le prononcer, et elle m’assure que Justine lui va très bien puisque son père lui-même ne l’appelle jamais Ingsford, qui devait être, il me semble le prénom d’une aïeule. Justine, donc, existe bel et bien, et je ne me doutais pas, alors, qu’elle deviendrait aussi importante dans ma vie. J’ai écrit, à la fin de la partie précédente:
«(…) lorsqu’elle est repartie à Bonnieux, le samedi, tout était clair entre nous ; il n’y avait pas place au doute. »
Était-ce possible ? N’étais-je pas encore en train de fantasmer ? Ne m’avait-elle pas dit :
« … je n’aimerais pas être un double, une doublure, de Claire. Car, tu l’as compris, si je suis venue, c’est pour toi, c’est pour nous, non ? »
Souviens-toi Nathalie: je comptais, alors, Tom Barton parmi mes amis. Oh, pas intimes ! Je dirais, plutôt, un collègue, avec qui j’avais échangé des informations à cause de ses travaux qui touchaient aux miens. Après son échec dans le monde universitaire américain, échec peut-être dû à quelque écart de mœurs plutôt qu’à une mise à l’index pour ses opinions ainsi qu’il le laissait entendre, il est venu s’installer en France, près de chez moi, dans le Lubéron. Nous nous sommes revus. Je suis allée chez lui, à Cereste, et il est aussi venu à Aix.
Et c’est ainsi que j’ai eu à connaître, par ses confidences, sa version de son histoire avec Justine et Pénélope.
Si elles ne m’avaient pas tenu au courant des projets que Tom fomentait à mon endroit, mon histoire se serait autrement conclue, et Justine et Pénélope seraient restées pour moi des héroïnes de roman.
Et voilà comment la littérature rattrape parfois ses auteurs !
OOO
Je me sens amoureuse. Justine dans mon lit, c’est une joie immense. Je ne m'en lasse pas !
Imagine, Justine, me dominant, agenouillée de part et d’autre de mes cuisses ! Justine me caressant le ventre, les seins, les épaules, le cou et le visage. Justine se penchant, de temps à autre, pour poser ses lèvres sur les miennes, ou sur mes mamelons excités. Justine offrant son long corps fluet et si juvénile à ma vue, à mes mains fureteuses. Son corps complètement épilé, ce qui accroît encore cette fausse impression d’immaturité.
« Je ressemble à un adolescent à peine efféminé, non ? » m’a-t-elle dit. « Je manque de ce qui fait une femme, extérieurement ; je suis plate, aussi bien du côté des fesses que du côté des seins. Je n’ai pas beaucoup de poils, c’est pourquoi je me tiens soigneusement épilée. Ma chevelure aussi manque de densité ; aussi je me coiffe comme même les garçons ne se coiffent plus, à part ceux qui se rasent. Je ne suis pas tout à fait moche, mais à vingt-six ans, je ressemble encore à une gamine à peine pubère ! »
Je la détrompais : « tes seins et tes fesses sont peu développés, c’est vrai, mais ce sont ceux d’une jolie jeune femme, pas d’une enfant, et je les aime tels qu’ils sont. Et ton con tout nu, il m’excite diablement, vois-tu ? »
Imagine-la, Nathalie!
Justine se rapprochant de moi, toujours sur ses genoux, écartant bien les jambes de part et d’autre de mon torse, pour offrir à ma bouche, oui !, son sexe glabre de fillette entr’ouvert afin que mes lèvres s’y collent, que ma langue se glisse dans son calice, déloge son clitoris et lèche son miel.
Ah, quelle douceur merveilleuse! J’aime que son désir se mue en plaisirs, en cris et chuchotements intimes (« chérie, chérie, tu me rends folle, rends–moi folle de toi, aime-moi encore et encore, »), en spasmes et en orgasmes répétés, jusqu’à ce qu’elle s’effondre sur moi, contre moi, la tête sur mes seins, une main sur ma chatte.
Plus tard, quand elle aura repris haleine, elle ira respirer ce qu’elle appelle mes « effluves sauvages » accrochés à ma toison avant de glisser ses doigts, puis sa main, dans mon ventre inondé de mon désir, retenu, mais impatient d’être satisfait.
Bien sûr, au cours de nos nuits, lovées l’une contre l’autre dans la tiédeur de nos corps comblés, nous parlons, apprenant à nous connaître, cherchant à évaluer quelles chances nous avons de nous apparier, sinon pour toujours (l’une comme l’autre, et moi peut-être davantage qu’elle, savons bien que « toujours » est un mot à éviter), au moins pour un bon bout de route.
Le jour aussi, bien sûr! Elle est venue écouter un de mes cours sur Laclos et ses « liaisons dangereuses ». Emma, si mûre et si gamine, l’intrigue. Elles s’entendent bien, et Emma trouve auprès d’elle un complément d’intérêts et de câlins que sa mère, peut-être, lui mesure trop chichement. Pauline, moins gratifiante, se contente de lui faire des grâces qu’il faut savoir interpréter.
La dernière nuit, elle est revenue à la question cruciale :« J’ai lu ton histoire avec Claire, Manon. Votre amour était vraiment total, fusionnel. Crois-tu que tu puisses en faire ton deuil ? Crois-tu que je puisse être la femme susceptible d‘occuper une “vraie“ place auprès de toi ? Je veux dire : crois-tu que je puisse exister autrement que comme la remplaçante de Claire » ?
Elle m’avait déjà posé la question. Et je n’avais pas répondu, me défaussant, en quelque sorte, en sortant Pénélope du chapeau ! Alors que sa réponse, à elle, fut nette, sans ambiguïté : son histoire avec son amie était sur le déclin. Erik, son père, cherchait à quitter le grand nord de la Norvège, pour se refaire une nouvelle vie dans l’Europe du Sud, si possible en France, avec Pénélope. Celle-ci n’était donc pas un obstacle pour entreprendre entre nous une relation.
Je n’aime pas, je ne sais même pas mentir, au moins dans ce domaine de l’intime.
« Justine, je ne sais pas répondre entièrement à ta question. Claire est avec moi depuis si longtemps que, même depuis sa mort, elle ne m’a pas quittée. Je ne sais pas ce que veut dire, à son sujet, “faire son deuil“. Ce que je sais, c’est que tu ne peux la remplacer.
« Donc, je ne te vois pas comme une remplaçante. Depuis elle, tu es la première femme dont je me sente, avec certitude, amoureuse. Réfléchis. Peut-être que tu ne peux pas te satisfaire d’une réponse aussi vague. Si c’est le cas, je ne t’en voudrais pas. »
J’ai pensé, sans le lui dire : je serai simplement un peu plus malheureuse.
ÉPILOGUE
Depuis cette semaine-là de fin septembre, nous ne nous étions pas revues. Pendant deux longs mois. Nous avons, oui bien sûr, échangé des messages tendres, des appels au téléphone, sans oser reparler du fond de notre vie.
Elle s’était déplacée à plusieurs reprises pour son travail, contrairement à son habitude.
Est-ce qu’elle ne tenait pas en place ?
J’avais aussi beaucoup à faire moi-même, et aussi à gérer une situation domestique compliquée. Et j’étais anxieuse, irritable, impossible, même parfois avec mes filles. Me coucher était devenu un calvaire. Je m’endormais dans la journée, épuisée.
Et puis, ce jeudi soir, 4 décembre, un message de Justine m’attend:
« Viens ce week-end, si tu le peux, avec Emma et Pauline. Pénélope est en balade avec mon père, je suis seule. Viens avant mon départ pour Tromso. J’ai réfléchi. C’est oui. Pardonne-moi de t’avoir rendue malheureuse. Je t’aime. »
OOO
Ce week-end pourri, fut celui d'un grand bonheur. Et comme pour le saluer, ce bonheur, nous nous sommes levées, aujourd’hui, dimanche, par un ciel clair, mais très froid, bientôt réchauffé par un soleil éclatant…
Justine part ce soir passer une petite semaine avec ses alliés Allemands, avant de gagner Copenhague et, de là, Bergen, où elle va s’embarquer sur l’Express Côtier, en direction du Nord, vers Tromso (barre le second o et prononce “eu“), sa terre arctique.
Aurore boréale dans la nuit arctique
Dans la voiture, en rentrant cet après-midi, j’ai annoncé aux filles : « mes chéries, en janvier, Justine va vivre chez nous, avec nous, à Aix. »
Cet épilogue n'est pas une FIN mais un COMMENCEMENT…
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